Cette cassette audio a circulé dans les écoles du Sud-Luxembourg profond durant toute notre adolescence : "The Cure live in Rodange, 1980".
Le son était atroce. Il avait du être capté par un type dans la foule (saura-t-on jamais qui ?), micro à la main. On entendait parfois davantage le brouhaha du public que le groupe sur scène. D’autant que, plus la cassette passait de main à main, plus on en faisait des copies, plus le son se dégradait. Il faut dire qu'on était moins exigeant avec la qualité sonore à l'époque. Avec l'âge, l'oreille s'embourgeoise.
Mais il y avait tout un mythe autour de ce concert. Et comme chaque mythe, il avait sa part de légendes, d'histoires et de rumeurs. On disait par exemple que la bande à Robert Smith avait traversé la frontière belge pour aller boire des bières dans les cafés d'Athus, après le concert. Ou avant, on ne savait plus très bien. Machin connaissait un type qui était l'ami d'un gars dont le cousin avait fait une partie de billard avec le gros Robert au Saxon, près de la passerelle.
Pourtant, de mémoire de rodangeois, je ne me souviens pas avoir vu le moindre concert dans cette salle obscure de l'avenue Dr Gasch, proche de la maison parentale. Dans les années 90, le Blue note était devenu depuis des lustres un anonyme café portugais un peu louche. Les seuls groupes qui venaient jouer à Rodange à l’époque avaient d’ailleurs plus à faire avec la fanfare de l’amicale des métalos de Differdange qu’avec le culte new wave.
Du coup, parfois, un incrédule iconoclaste osait mettre en doute la véracité du document audio : et si cette cassette n’avait rien à voir avec un concert luxembourgeois de Cure ? Pire : et si ce concert n’avait jamais eu lieu ?
Des années plus tard, au hasard du web, je suis tombé sur les archives du site Foreverdrowning.com . Non content d’y répertorier le fameux concert, le fan de Cure qui alimente le site (dans le temps on disait « curiste ») y a mis des extraits en écoute… Des extraits tirés de notre cassette ! Le son crasseux est identique. Souffle 100% garanti. Le mythe peut dormir sur ses deux oreilles.





